dimanche 23 août.

Dans ma chambre. Il pleut.

10h00.
Oncle Eddie est passé voir papa et, comme de bien entendu, il a fallu qu'ils viennent rôder tous les deux dans ma chambre pour voir ce que je faisais. Si Oncle Eddie (qui est plus chauve que chauve) me dit encore une fois : « Dis, tu crois que ça se tartine les boules de billard ? », je crois que je me tuerai. Il n'a pas l'air de se rendre compte que ça fait un moment que j'ai remisé la barboteuse. J'ai envie de lui hurler à la tronche : « J'ai quatorze ans, oncle Eddie ! Je déborde de féminité ! Je te ferais dire que je mets un soutif ! D'accord, je ne le remplis pas et il lui arrive de remonter jusqu'au cou quand je cours pour attraper le bus... mais mon potentiel femme et là, Tête d'¼uf ! »
A propos de poitrine, j'ai peur de finir comme toutes les femmes de la famille, avec des seins d'un seul tenant, genre étagère. Si maman a les mains prises, elle peut toujours poser des trucs en équilibre sur les siens. A une soirée, par exemple, si elle a un canapé dans une main et un verre dans l'autre, elle a encore la possibilité de mettre un amuse-gueule de côté sur son étagère. C'est antisexe à mort. Ce que je voudrais, c'est avoir un volume mammaire correct mais pas que ça aille trop loin comme Melanie Andrews, par exemple. J'ai eu un de ces chocs quand je l'ai vue dans les douches après le hockey le trimestre dernier ! Son soutif, c'est simple, on aurait dit deux filets à provisions. Je me demande si elle n'est pas un peu déséquilibrée côté hormones. Ce qu'il y a de sûr, c'est que déséquilibrée, elle l'est quand elle court après le ballon. La dernière fois, j'ai bien cru que le poids de ses « flotteurs », comme les appelle finement Jas, allait la propulser dans la palissade.

Toujours dans ma chambre. Toujours la pluie. Toujours dimanche.

11h30.
Je ne vois pas pourquoi je n'ai pas le droit d'avoir de verrou sur ma porte. Bonjour l'intimité ! Ma chambre, c'est clair, on dirait un vari hall de gare. Dans cette baraque, dès que j'aborde le sujet, tout le monde secoue la tête en faisant des tss tss tss contrariés. J'ai l'impression de vivre dans une maison habitée par des poules en robe et pantalon. Ou une maison habitée par des petits chiens en peluche qui dodelinent de la tête, ou une maison habitée par... bref... résultat des courses, je ne peux pas avoir de verrou sur ma porte.
- Et pourquoi ? j'ai demandé à maman sans même m'énerver (profitant d'un des rares moments où elle n'est pas fourrée à son cours d'italien ou sortie s'éclater chez des copains).
- Parce ce que si tu avais un accident, on ne pourrait pas entrer.
- Quel genre d'accident ?
- Ben... tu pourrais t'évanouir.
Et là, papa s'en est mêlé.
- Tu pourrais mettre le feu à ton lit et être intoxiquée par la fumée.
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ? Je sais pourquoi ils ne veulent pas que j'ai un verrou sur ma porte, parce que ce foutu verrou annoncerait mon entrée dans l'âge adulte et ça, ça les rend malades. Parce que là, sans doute, il faudrait qu'ils s'occupent de leurs affaires et qu'ils cessent de fourrer leur nez dans les miennes.

Toujours dimanche.

11h35.
Dans ma vie, il y a six trucs graves de chez grave :
1. j'ai un bouton sous la peau et qui, au lieu de sortir, continue à mûrir sournoisement par en dessous, bien rouge et bien décidé à squatter l'emplacement au moins deux ans.
2. Le bouton est sur mon nez.
3. Ma petite s½ur qui a trois ans a sans doute fait pipi quelque part dans ma chambre.
4. Dans quatorze jours, les grandes vacances seront terminées et ce sera le retour au stalag 14 et à Oberführer Frau Simpson et sa bande de « profs » sadiques.
5. Je suis très laide et je mérite de vivre dans un hospice pour laids.
6. Je suis allée à une fête, déguisée en olive fourrée.

11h40.
OK, ça suffit comme ça. Je tourne une nouvelle page. Dans le Cosmo de maman, je suis tombée sur un article qui expliquait comment il fallait faire pour être heureuse quand on ne l'est pas (ce qui est mon cas). Le titre disait : « Apprenez à maîtriser vos émotions. » Voilà ce qu'ils conseillaient de faire. Premièrement : « se remémorer ». Deuxièmement : « revivre » et troisièmement : CICATRISER. Donc on repense à un truc qui nous a mis mal en se rappelant tous les détails immondes... Ça, c'est pour la partie « se remémorer », après ça, on doit revivre le malais à fond en reconnaissant qu'on était super mal et ensuite, il n'y a plus qu'à SE LIBÉRER.

14h00.
Oncle Eddie est parti, Dieu merci ! Sans rire, il m'a demandé si je voulais faire un tour dans son side-car. Tous les vieux vivent sur Xenon ou quoi ? Mais qu'est-ce qu'il voulait que je lui dise ? « Oui bien sûr, oncle Eddie, je serai ravie de monter sur ta bécane d'avant-guerre parce qu'avec un peu de chance toutes mes copines me verront passer en compagnie d'un gros nase atrocement chauve et je pourrai faire une croix sur ma vie. Merci. »

16h00.
Jas est passé. Elle m'a dit qu'en rentrant de la soirée déguisée, elle avait mis des plombes à retirer son costume de chat. Ça m'intéressait moyen mais j'ai quand même demandé pourquoi, par politesse.
- Ben, le vendeur de la boutique de location de costumes était vraiment trop craquant.
- Oui et alors ?
- Alors, j'ai pas voulu lui dire ma vraie taille. J'ai pris du trente-six au lieu de prendre du trente-huit.
Elle m'a montré les marques que ça lui avait fait autour du cou et de la taille. Carrément balèzes ! Alors je lui ai fait :
- Tu serais pas un peu enflée de la tête, toi ?
- Mais non, ça c'est l'effet dimanche.
Je lui ai parlé de l'article de Cosmo et on a passé des heures à se remémorer la soirée déguisée (comprendre : le truc qui met mal) et à revivre le malaise... pour cicatriser.
Tout est sa faute. C'est peut-être bien moi qui ai eu l'idée de l'olive fourrée mais si ça avait été une vraie copine, elle m'aurait empêché de le faire. En fait, c'est elle qui m'a poussée. La partie « olive », on l'a faite avec du fil de fer et du papier cresson vert. Ensuite, on a mis de petites bretelles au costume pour qu'il tienne bien en place et j'ai enfilé un T-shirt et des collants verts par en-dessous. C'est pour le « fourrage » que Jas a le plus aidé. Si je me souviens bien, c'est elle qui a suggéré qu'on se serve de Crazy Colour pour me colorier en rouge les cheveux, la tête et le cou... façon piment. C'est vrai que sur le moment, on a bien rigolé. Je veux dire tant qu'on a été dans ma chambre. Les choses ont commencé à se gâter quand j'ai voulu en sortir. Premièrement, la descente de l'escalier s'est faite en crabe. Obligée.
Je n'étais pas arrivée à la porte d'entrée qu'il fallait que je remonte illico changer de collants. Mon chat, Angus, venait de succomber pour la énième fois à un « appel de la forêt ».
Ce chat est gravement givré. Je l'ai trouvé à Loch Lomond en Ecosse dans le jardin de la pension de famille où on passait nos vacances avec les parents. La pension s'appelait « au bon coin », c'est vous dire le style de vacances.
Le jour où il a saccagé mon pull quand je l'ai pris dans mes bras, j'aurais dû me douter qu'au rayon chat tout ne tournait pas rond. Mais il était tellement mignon comme chaton, tout tigré avec des poils longs et d'immenses yeux jaunes. Déjà petits, on aurait dit un bébé chien. J'ai supplié mon père de me laisser le ramener à ma maison.
- S'il reste ici, il mourra. Il a pas de papa et il a pas de maman.
A quoi il a répondu :
- C'est probablement parce qu'il les a mangés.
Honnêtement, il y a des moments, il n'a pas de c½ur. Alors j'ai tanné maman à mort et j'ai fini par avoir gain de cause. C'est vrai que la dame de la pension de famille nous avait prévenus qu'Angus était probablement un croisé de tigré et de chat sauvage écossais. Je me souviens qu'à l'époque j'avais trouvé ça follement exotique. Je ne pouvais pas me douter que question taille il pencherait furieusement vers le labrador adolescent et qu'en prime, il serait carrément secoué. Au début, je le promenais en laisse mais, comme j'ai du l'expliquer à là Mère Porte-à-Côté, la laisse, il l'a mangée.
Tout ça pour dire qu'il y a des moments où l'appel des Highlands se fait ressentir de façon irrésistible. Donc pour résumer, j'étais en train de faire mon passage en olive fourrée quand le monstre a jailli hors de sa super cachette derrière les rideaux (ou plutôt devrais-je dire « tanière » au lieu de cachette car c'est sûrement comme ça qu'il voit les choses dans sa tête de chat) et qu'il s'est jeté sur mes collants, ou « proie » si on va par là. J'aurais bien voulu lui filer un coup sur le crâne pour lui faire lâcher prise mais cet imbécile ne cessait de bondir d'un côté puis de l'autre, inlassablement. Au bout du compte, j'ai réussi à attraper un balai qui traînait près de la porte d'entrée et j'ai fini par m'en débarrasser en lui tapant dessus.
Mais ce n'était pas fini. Ensuite, impossible de monter dans la Volvo de papa.
- Pourquoi tu n'enlèves pas la partie olive ? On n'a qu'à la mettre dans le coffre.
Franchement où est le problème ?
- Papa, si tu crois que je vais m'asseoir à côté de toi en collants et T-shirt verts, tu as pété une durite.
Il s'est mis en rogne comme tous les parents du monde dès qu'on leur fait remarquer à quels points ils sont stupides et à côtés de la plaque.
- Si c'est ça, tu n'as qu'à marcher... Moi je roulerai tout doucement à côté avec Jas.
Pince-moi, je rêve.
- Si je dois marcher, pourquoi est-ce qu'on n'y va pas à pied avec Jas et on oublie l'auto ?
Il a pris l'air pincé que prennent les pères quand ils se croient intelligents.
- Parce que je veux être sûr que vous êtes bien arrivées. Et qu'en plus je ne veux pas que tu traînes le soir le soir dans la rue.
J'y crois pas !
- Qu'est-ce que je pourrais bien faire le soir dans la rue, déguisée en olive fourrée... taper l'incruste dans une soirée mondaine ?
Jas a souri discréto mais papa m'a joué les pères offusqués.
- Ne me parle pas sur ce ton sinon tu ne sors pas du tout.
C'est quoi le problème ?

Quand on est finalement arrivés à la fête (moi marchant à côté de la Volvo et papa roulant à deux à l'heure), c'est là que l'enfer a commencé. Au début, l'olive fourrée a fait rire tout le monde mais cinq minutes après, plus personne ne faisait attention à moi. Par une sorte de provocation propre aux olives fourrées, je me suis lancée sur la piste de danse, seule. Mais là, l'hécatombe. Le moindre bibelot dans mon rayon d'action se trouvait gravement projeté au sol. Résultat des courses, le type de la fête s'est précipité pour me demander de m'asseoir. J'aurais bien voulu lui faire plaisir mais impossible avec ce truc. Total, j'étais dehors à attendre papa une plombe avant l'heure prévue et j'ai fini par mettre le costume d'olive dans le coffre. On n'a pas échangé un mot de tout le retour.
De son côté, Jas a passé une super soirée. Elle m'a raconté qu'elle était littéralement encerclée par les Tarzan, les Robin des bois, les James Bond... (Les garçons ont une imagination si fertile... je plaisante.)
La phrase « se remémorer » m'a filé un peu le cafard.
- je te ferais dire que moi aussi, j'aurais pu avoir plein de garçons autour de moi si je n'avais pas été déguisée en olive fourrée.
Alors elle m'a fait :
- Ecoute, Georgia, tu avais trouvé ça drôle et j'avais trouvé ça drôle, d'accord, mais n'oublie pas jamais une chose : les garçons ne pensent pas que les filles sont faites pour être drôle.
Elle était tellement agaçante avec son air atrocement « sage » et « mûr ». Non mais qu'est-ce qu'elle y connaissait aux garçons ? Bon Dieu que sa frange était énervante ! Mais ferme-la donc, Miss Frangette de mes deux !
- Alors d'après toi, c'est ça qu'ils veulent, les garçons ? Des fifilles en costumes de chat qui battent des cils ?
Par la fenêtre de ma chambre, je voyais le caniche d'à côté sauter contre la palissade en jappant comme un sourd. Ne me dites pas qu'il essayait de faire peur à Angus... Pauvre poulet !
Et Jas qui continuait sur le même ton docte :
- Exactement, c'est ça qu'ils veulent. Ils adorent les filles un peu douces, pas celles qui sont... Tu vois, quoi.
Elle refermait son sac à dos.
- Qui sont quoi ?
- Faut que je rentre. On dîne tôt ce soir.
Elle était sur le point de partir et je savais que j'aurais dû la boucler. Mais vous voyez ce que je veux dire, les fois où il faudrait la boucler... mais où on insiste quand même ? C'était pile poil ça.
- Vas-y dis-le... qui sont quoi ?
En descendant l'escalier, elle a grommelé un truc inaudible. Au moment où elle franchissait la porte, j'ai hurlé :
- Qui sont comme moi, c'est ça ?

23h00.
Je commence à en avoir marre des garçons et je n'ai encore jamais eu affaire à eux.

Minuit.
Dieu, je T'en supplie, ne fais pas que je sois obligée de devenir lesbienne comme Kate Super-Velue ou Mlle Stamp.

00h10.
Au fait, elles font quoi les lesbiennes ?

# Posté le jeudi 29 mai 2008 12:35

lundi 24 août.

17h00.
Pas le moindre appel. Je serais morte que ce serait pareil. Si c'est ça, je me couche tôt.

17h30.
Libby s'est glissée dans mon lit en faisant « Hahahahahahahahaha ! » si longtemps que j'ai fini par me lever. Elle est trop mignonne même si elle ne sent pas tout à fait la rose. Au moins, elle, elle m'aime et ne voit pas d'inconvénient à ce que j'aie de l'humour.

19h00.
Coup de fil d'Ellen et Jools d'une cabine téléphonique. Elles parlaient à tour de rôle avec l'accent français. Demain, on se fait la balade mystère. Ou plutôt : Le promenade mystérieux.

22h30.
Me suis fait un masque au jaune d'½uf au cas où on croiserait le garçons merveilleuse sur notre chemin.

# Posté le vendredi 30 mai 2008 12:48

mardi 25 août.

9h00.
Me suis réveillée en pensant que j'avais la figure paralysée. J'ai eu une de ces pétoches ! Ma peau était dure comme du bois et je n'arrivais plus à ouvrir les yeux. Heureusement que je me suis souvenue que je m'étaie fait un masque. Si ça se trouve, je me suis endormie en lisant. C'est la dernière fois que je me couche tôt. Ça me fait trop gonfler les yeux. Avec cette tête-là, on dirait que j'ai de vagues origines orientales. En matière d'exotisme, ce qu'on fait de plus approchant dans le famille, c'est tante Kath. Elle peut pousser la chansonnette en chinois mais à condition d'avoir quelques verres de vin dans le nez.

11h00.
Pris rendez-vous avec Ellen et Jools chez Whiteleys pour Le Promenade Mystérieux. On s'est mises d'accord pour une « tenue sport décontractée ». Total, j'ai mis mon pantalon de ski, des boots, un haut noir à col roulé et une veste en PVC. J'ai opté pour le look Brigitte Bardot jeune, ce qui est totalement ridicule dans la mesure où : a) je ne lui ressemble ni de près, ni de loin, et b) je n'ai pas les cheveux blonds, ce qui est, comme chacun sait, sa marque de fabrique. Blonde, je pourrais l'être si j'y étais autorisée mais honnêtement, chez moi, on se croirait en maternelle. Mon père a la psychologie d'un Teletubby sauf que la sienne est moins développée. L'autre jour, j'ai sorti à ma mère :
- Au fait, j'ai l'intention de me teindre ne blonde, tu me conseillerais quoi comme produit, toi ?
Elle a fait celle qui n'a rien entendu et elle a continué à habiller Libby. Mais papa a piqué une crise d'enfer.
- Tu as quatorze ans, ça ne fais que quatorze ans que tu as ces cheveux sur la tête et tu veux déjà en changer ! Qu'est-ce que ce sera quand tu en auras trente ? Tu en seras à quelle couleur à cette époque ?
Honnêtement, il n'est pas très brillant ces temps-ci. J'ai dit à maman :
- Il me semble avoir entendu une voix de crécelle émettre de drôles de sons dans le coin mais j'ai pu me tromper.
Je me suis dépêchée de fuir vers la porte. Je l'ai quand même entendu hurler :
- Tu te crois drôle sans doute et tu penses que c'est en te faisant un trait eye-liner bien droit que tu auras ton bachot !
Ton bachot ! Je vous demande un peu. Un survivant de l'âge de pierre, voilà ce qu'il est.

Midi.
Le Promenade Mystérieux. On s'est fait High Street dans les deux sens rien qu'en parlant français. Je faisais celle qui demandait son chemin :
- Où la gare, s'il te plaît ? Au secours, j'oublie tête, aidez-moi.
A un moment, on a croisé un type super mignon. Jools et Ellen n'ont pas osé l'aborder mais moi oui. Je ne peux pas vous dire pourquoi mais, en même temps que je devenais française, je me suis mise à développer une claudication. Le garçon avait les yeux ultra beaux et il devait avoir dix-neuf ans. Bref, je suis allée vers lui clopin-clopant et je lui ai fait :
- Excuse-moi. Je suis française. Je ne parle l'anglais. Parles-tu la française ?
Fort heureusement, il ne comprenait rien. C'était dément. Je lui ai fait la bouche super pulpeuse à la Cindy Crawford. Elle prétend que si o met la langue entre les incisives et la lèvre du haut quand on sourit, ça fait un sourire super sexy. Impossible de parler bien sûr sauf si on veut passer pour une demeurée.
Bref, beauté divine me dit :
- Est-ce que vous êtes perdue ? Je ne parle pas français.
J'ai pris un air inquiet (et lippu) et j'ai laissé échapper dans un souffle :
- Au secours monsieur !
Il m'a pris les bars.
- N'ayez pas peur et venez avec moi.
Ellen et Jools n'en revenaient pas : un mec atrocement mignon était en train de m'emmener quelque part. Et me voilà qui boitille à ses côtés de façon assez avantageuse. Pas pour très longtemps, je vous rassure, car bientôt il me faisait entrer dans une pâtisserie française tenue par une Française.

20h00.
Suis au lit. La dame française m'a parlé français environ quarante ans. J'ai hoché la tête aussi longtemps qu'il est humainement possible de tenir, puis j'ai tout bonnement giclé hors de la boutique. Beauté divine a eu l'air surpris de voir ma patte folle se rétablir aussi vite.
Maintenant il faut absolument que je change de couleur de cheveux si je veux à nouveau pouvoir faire les boutiques en ville.

# Posté le dimanche 01 juin 2008 07:26

mercredi 26 août

11h00.
Je n'ai pas d'amies. Pas le moindre. Personne ne m'a appelée, personne n'est passé. Papa et maman sont partis travailler. Libby est au jardin d'enfants. Je pourrais bien être morte.
Si ça ce trouve, je suis morte. Je me demande comment on le sait d'ailleurs. Admettons que tu meurs pendant ton sommeil et que tu sois morte au réveil, qui va te le dire, hein ?
Peut-être que ça se passe comme dans les films où les autres ne te voient pas parce que tu es morte. Voilà, maintenant je me suis vraiment filé les jetons... Je vais mettre un disque à fond la caisse et je vais danser.

Midi.
Non seulement je suis toujours flippée mais en plus, je suis totale vannée. Si j'étais vraiment morte, je me demande s'il y a quelqu'un à qui ça ferait de la peine. Qui viendrait à mon enterrement, pat exemple ? Papa et maman, sans doute... ils seraient bien obligés. Après tout, c'est en grande partie de leur faute si j'étais assez déprimée pour me suicider.
Pourquoi je ne peux pas avoir une famille normale comme Jools ou Ellen ? Elles, elles ont des s½urs normales, des frères normaux. Leurs pères portent la barbe et ils ont une cabane de jardin. Maman refuse que papa ait une cabane de jardin depuis qu'il a transformé la sienne en QG pour mouches bleues en oubliant ses asticots pour la pêche dedans.
L'autre jour quand l'électricien est venu réparer le frigo qui avait explosé, il a demandé à maman :
- Vous pouvez me dire quel est le dingue qui a branché ce frigo ? Y a quelqu'un qui vous en veut dans votre entourage ?
Et bien sûr, celui qui avait fait le branchement, c'était papa. Au lieu de bricoler comme tous les autres pères, le mien préfère parler sentiments ou machins comme ça. Pourquoi ne peut-il pas être un vrai père ? C'est lamentable pour un adulte.
Je ne dis pas non plus que j'ai envie de devenir une femme comme dans le temps. Elle tout en dentelle et lui, la bouche super pincée et qui ne l'ouvre jamais même s'il a une méga tumeur au cerveau. Moi j'aimerais bien que mon copain (à condition que Dieu m'épargne d'être lesbienne) soit le style sensible... mais seulement avec moi bien sûr. J'aimerais qu'il ressemble à Darcy dans Orgueil et préjugés (quoique, maintenant que je dis ça, je l'ai vu au cinéma dans Carton rouge et finalement sans les chemises à fanfreluches et ses collants, il n'est plus aussi sexy). De toute façon, je n'aurais jamais de copain parce que je suis trop laide.

14h00.
En regardant des vieux albums photos... je comprends mieux pourquoi je suis si laide. Les photos de papa quand il était tout petit sont terrifiantes. Il a un nez gigantesque qui lui mage la moiti é de la figure. En réalité, c'est juste un nez avec deux jambes et deux bras.

22h00.
Libby s'est réveillée. Elle veut absolument dormir dans mon lit. Je n'aurais rien contre si elle ne sentait pas aussi fort le hamster.

Minuit.
Le rêve somptueux dans lequel un mec sublime me portait dans ses bras pour me plonger dans les eaux chaudes de la mer des Caraïbes ne se révèles être que le pyjama trempé de Libby contre ma jambe.
Obligée de refaire le lit. Ca ne trouble pas Libby qui trouve même le moyen de me taper la main en me traitant de « vilain garçon » pendant que je la change.

# Posté le lundi 02 juin 2008 11:10

jeudi 27 août

11h00.
Je suis en train de réfléchir à ce que je pourrais bien me mettre le jour de la rentrée. Il ne reste plus que onze jours. Je me demande jusqu'où je peux aller en matière de maquillage « naturel ». De l'anticerne, ça c'est sûr. Pour le mascara, j'hésite. Et si je me teignais les cils. Je déteste mes sourcils. Je me demande d'ailleurs j'en parle au pluriel car en fait, il n'y en a qu'un qui me traverse le front de part en part. Si jamais je trouve la pince maman, il n'est pas impossible que je procède à une épilation radicale. Elle s'est mise à cacher ses affaires sous prétexte que je ne les remets jamais à leur place. Résultat, je vais être obligée de fouiller sa chambre.

13h00.
Me suis préparée un repas léger avec de la pâte à tartiner et du lait au café. Il n'y a jamais rien à manger dans cette baraque. Pas étonnant que j'ai les coudes si pointus.

14h00.
J'ai la pince. Je ne m'explique pas comment maman est allée s'imaginer que je ne la trouverais pas dans le tiroir à cravates de papa. En plus de la pince, je suis tombée sur un truc super bizarre. Un genre de tablier plié dans une boîte. J'espère contre toutes attentes que mon père n'est pas un travesti. Devoir « comprendre » sa féminité serait plus que je ne peux en supporter. J'imagine Libby, maman et moi obligées de le regarder se dandiner en chemise de nuit et mules d'intérieur garnies de plumes de cygne. Si ça se trouve, faudra même l'appeler Daphné.
Bon Dieu, que ça fait mal de s'épiler ! Il faut que je m'allonge. La douleur est atroce. J'ai les yeux qui pleurent comme des fontaines.

14h30.
C'est au-dessus de mes forces. Je n'ai enlevé que cinq malheureux poils et mes yeux ont déjà doublé de volume.

16h00.
J'abandonne. J'essaie le rasoir de papa.

16h05.
Plus coupant que je pensais. Il y a plein de poils qui sont partis d'un seul coup. Maintenant, faut que je fasse l'autre ½il pareil.

16h16.Merde de merde ! Je trouve ça pas mal mais ça me fait un ½il tout étonné. Il faut que j'égalise l'autre à nouveau.

18h00.
En me voyant, maman a failli lâcher Libby. Je vous retranscris exactement ce qu'elle m'a sorti :
- Mon Dieu ! Mais qu'est-ce que tu t'es fait, espèce d'idiote !?
Ce que je peux haïr les parents. Parce que c'est moi l'idiote, c'est ça ??? Ils sont trop nuls. Ce qu'elle voudrait sans doute, c'est que j'ai encore l'âge de Libby pour pouvoir me mettre des bonnets ridicules à oreillettes avec des canards dessus. Elle est trop ! Trop ! Trop ! Trop !

19h00.
Quand papa est rentré, je les ai entendus qui parlaient de moi :
- Grommelle... grommelle... Elle ressemble à... grommelle... grommelle...
Ca, c'était maman. Puis papa :
- Elle a QUOI ? Bon... grommelle... grommelle... grogne... grogne...
Tap tap tap dans les escaliers, bang bang bang sur la porte de ma chambre.
- Georgia, qu'est-ce que tu as encore fait ?
Il ne risquait pas d'entrer, j'avais poussé ma commode contre la porte. Planquée sous les couvertures, j'ai hurlé :
- Au moins, je suis une vraie femme maintenant !!!
- Et ça veut dire quoi, bordel de merde ?
Honnêtement, il y a des moments où il est vraiment vulgaire.

22h30.
Peut-être qu'ils repousseront dans la nuit. En combien de temps ça repousse des sourcils ?

# Posté le mardi 03 juin 2008 14:59